Il y a quelques jours, au fil de mes pérégrinations bloguesques, je suis tombée sur
un article qui m'a profondément remuée et qui a fait naître en moi une profonde tristesse.
Vous me direz que ce n'est pas le genre de sujets habituels de ce blog : à Sushi Town, on cuisine des petits œufs kawaii, on mange des légumes en forme de fleur et on croise des pingouins en chemise hawaïenne^^ Parce que Sushi Town n'est pas le monde réel, mais le Japon rêvé par moi, un endroit où je ne suis jamais allée et qui pourtant me tient énormément à cœur.
Sushi Town est le résultat d'une enfance et d'une adolescence influencée par le Japon, à travers les animes, mangas, jeux vidéo, films, livres, témoignages et expériences diverses qui ont nourri mon imagination. C'est un endroit rassurant, attachant, dans lequel on se sent bien, on rit et on s'amuse en toute innocence.
Oui mais, le vrai Japon, ce n'est pas Sushi Town ! Et
cet article dont je vous parlais plus haut me l'a brutalement rappelé. J'ai même regretté de l'avoir lu après coup...
Et puis finalement, non.
C'est vrai, il faut l'accepter : la catastrophe de Fukushima est une tragédie terrifiante, irréversible, et dont les conséquences réelles ne font que commencer. Pour le peuple Japonais, et pour nous tous, le pire est à venir, et c'est une pensée effrayante !
Et oui, c'est vrai : il y a, dans le silence des autorités japonaises, un déni inacceptable -voire même criminel- de la réalité, dont les conséquences pourraient être la souffrance et la mort de nombreux individus. Une mort lente et silencieuse cette fois...
Enfin, oui, c'est toujours vrai : à l'heure actuelle, voyager au Japon présente des risques indéniables.
Alors que faire ? Tourner la page ?
A la lecture de l'article de Kaeru, qui parle d'un Japon "qui n'existe plus", d'une terre empoisonnée et souillée à jamais, j'ai ressenti de la tristesse... mais aussi de la colère !
"Mon Japon, celui d'avant la catastrophe, mon Japon-refuge, mon
Japon-poème n'existe plus. Le Japon des animés, le Japon de Miyazaki, le
Japon des mangas, le Japon des romans, le Japon à la cuisine raffinée,
le Japon fun et rigolo n'existe plus. Ce Japon là est devenu intérieur,
un espace fantasmé."
Pour moi Kaeru, ce Japon-là existe toujours, pas parce que je suis dans le déni, mais parce qu'aucune catastrophe, pas même Fukushima, n'a le pouvoir de détruire une culture entière ! Le Japon, même souillé "physiquement", reste le Japon. C'est aussi la force de cette culture, sa richesse, sa diversité, que j'admire et à laquelle je veux rendre hommage sur ce blog, pour que ce Japon-là continue d'exister !
Parce que ce Japon meurtri ne doit surtout pas perdre, en plus de toutes ces innombrables vies, sa formidable culture. Parce qu'on ne peut pas résumer le Japon à Fukushima, et que le soutien au Japon passe aussi par là : préserver un peu de ce "rêve japonais", sans pour autant fermer les yeux sur la réalité.
C'est ce que j'ai décidé de faire.
Je respecte et soutiens le combat mené par ceux qui refusent le nucléaire, et j'espère qu'il aboutira, pour que la catastrophe de Fukushima ne se reproduise jamais, et que toutes ces vies perdues ne le soient pas en vain.
Je prie pour que les autorités japonaises réagissent, et que cette fameuse "culture du sacrifice" qui anime tant de Japonais n'aboutisse pas à un véritable génocide.
Quant à moi, j'espère toujours pouvoir aller au Japon, et peut-être que ce voyage sera risqué, même dans un an, dix ans, trente ans ! Je le sais, et le moment venu, j'irai sans doute avec de l'appréhension, et beaucoup de précautions. Mais j'irai.
Voilà, j'ai terminé, et je vous remercie de m'avoir lu. Si vous souhaitez réagir à cet un article un peu inhabituel (mais que je souhaitais absolument publier), je vous invite à le faire avec courtoisie, car le sujet est sensible, y compris pour moi.
Pour finir, un petit message pour Kaeru : même si je ne partage pas à 100% ton point de vue, je te remercie de m'avoir ouvert les yeux. Et j'espère que tu retrouveras un peu de ton innocence perdue...
Mise à jour du 22/09/2014 :
Je publie une longue mise à jour sur cette page, pour faire un point rapide sur mon ressenti, presque deux ans après cette affaire...
Suite à cette publication (j'avais un besoin viscéral de l'écrire à cette époque), j'ai pu constater qu'il existait un réel "clivage" au sein de la blogosphère "Japon"... qui est très loin d'avoir disparu, même si les débats virulents ont (dans leur grande majorité) cessé.
A l'époque de cet article, je vous avoue que je débarquais complètement, c'était un peu maladroit de ma part, mais ça m'a aussi permis de faire pas mal de rencontres et d'avancer dans ma réflexion. Donc pas de regrets.
Disons qu'avant cette lecture de l'article de Kaeru, je n'avais pas conscience de la gravité de la situation à Fukushima. J'étais totalement passée à côté des événements de 2011, tout simplement parce que j'étais en grave dépression à l'époque : je ne regardais plus la télé, je me fichais complètement de ce qui pouvait arriver dans le monde (et même au Japon). Je n'avais plus la moindre passion en moi.
Puis j'ai repris goût à la vie, en m'accrochant à un vieux rêve d'adolescence, et ce blog est né. L'article de Kaeru a été comme une gifle pour moi, parce que je l'ai trouvé sincère, poignant, et terriblement difficile à accepter.
J'ai beaucoup échangé avec Kaeru suite à tout ça, et aussi Aizen, militante acharnée ! Je ne voulais pas me fermer à leurs arguments, même si ça faisait mal. Mais je ne voulais pas non plus culpabiliser de vivre ma passion, qui était devenue vitale pour moi...
Je me suis surtout dit que, même si le message ne me plaisait pas, je ne devais pas blâmer le messager mais ceux qui sont réellement à l'origine des choses : ces gens qui bâtissent des centrales nucléaires sur des failles sismiques !
Je suis contre le nucléaire aujourd'hui, c'est vrai. C'est une conviction personnelle, que je n'impose à personne. Je peux admettre que tout le monde ne soit pas du même avis. On peut avoir une opinion et la partager sans être sectaire il me semble ?
Aujourd'hui, je suis apaisée. La dépression est derrière moi, j'ai pris la décision d'aller au Japon en 2016. Mais je regrette de toujours ressentir ce malaise dans "ma" blogosphère, avoir la sensation qu'une amitié avec tel ou tel blogueur devrait m'obliger à entrer dans une petite case, alors que je me considère comme totalement libre et indépendante !
L'intransigeance de certains militants m'agace tout autant que l'agressivité de leurs détracteurs. Je crois qu'en vérité, nous aimons tous le Japon à notre manière, et que c'est ce lien profondément émotionnel qui crée des tensions aussi vives et tenaces.
Vous ne les ressentez peut-être pas, mais moi oui. Et j'aime pas.
Je ne parlerai plus de Fukushima ici, parce que ce n'est pas la vocation de ce blog : "Little Sushi Town" est un espace dans lequel je veux me sentir bien, sereine. Il y a suffisamment de blogs, sites web, pages Facebook et groupes divers pour en discuter ailleurs.
Cela dit, si vous tenez à réagir, je vous invite une nouvelle fois à la faire avec courtoisie. Merci.
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